02/03/2008

«Il n'y a rien de plus beau qu'une clef, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle ouvre.»

cle

 

 

Le secret de mon grand-père

 

Vous savez, c’était un petit peu l’antre du dragon, le repère des méchants, la porte des enfers. J’étais tout petit et mon grand-père m’en avait interdit l’accès.

-Tu pourras y entrer quand tu seras plus grand, disait-il.

Plus grand, j’avais cinq ans, je ne connaissais pas la peur et j’étais prêt à affronter toutes les aventures qui pouvaient s’y cacher.

Ce « y » c’était sa pièce, sa demeure, sa cachette. A l’étage, hors d’atteinte, coincé entre sa chambre et la salle de billard, c’était là que dérivaient tous mes rêves.

Puisqu’il ne voulait pas que j’y entre, c’est qu’il y avait du danger. Puisqu’il y avait du danger, il y avait un défi.

Je crois que je suis quelqu’un d’orgueilleux. On m’a plus souvent dit que j’étais égocentrique mais je pense que c’est bien par l’orgueil que je pêche et que je pêchais déjà alors.

Et mon orgueil qui se débattait comme un singe en cage ne cessait de me répéter qu’il était absurde que je ne puisse pas me glisser dans cet univers interdit, si lointain et si proche.

Me jugeait-on indigne, faible ou trop peureux pour affronter les monstres qui y étaient enfouis ?

La colère bouillait en moi dès que je voyais mon grand-père gravir les escaliers en milieu d’après-midi. Il partait encore sans moi.

J’ai tout essayer pourtant. Au début, j’essayais de le convaincre qu’il pourrait avoir besoin de moi, qu’on avait toujours besoin d’un plus petit que soi (c’est la maîtresse qui me l’avait appris).

Mais sitôt que les mots quittaient ma bouche, il souriait tendrement sans dire mot. Il me regardait avec les yeux de celui qui savait. J’avais l’impression désagréable qu’il s’amusait de mon courage, ce ma volonté et de mon ignorance quant à son univers.

-Patience, me disait-il.

Et il poursuivait sa route. Il ne se retournait pas mais je sentais bien qu’il gardait son sourire accroché au visage.

Au début, je le suivais, j’essayais d’entrevoir ce qui se passait quand il ouvrait la porte.  Je n’ai jamais rien vu. Il faisait sombre, plutôt même, il faisait un noir absolu.

Je me souviens que quand j’étais petit, même si mon orgueil m’empêchait de me l’avouer, j’avais peur de cette obscurité si dense. Pour moi, le noir était quelque chose d’anormal, d’immorale et d’effrayant. Il me fallait de la clarté, de la lumière, des couleurs.

Longtemps, quand j’étais couché dans mon lit chez mon grand-père et parfois chez mes parents, je me souviens que je faisais des cauchemars en imaginant l’envers de la porte en chêne. Je me voyais tourner la poignée dorée et pousser lentement le bois. Je ne voyais toujours rien à l’intérieur et je me trouvais coincé entre le hall et le noir, prisonnier entre deux univers.

Je glissais un pied. J’attendais. Je posais l’autre. Quelques secondes s’écoulaient, mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine mais rien ne se passait.

Puisant un courage que j’ignorais, je faisais quelques pas à tâtons et soudain la porte se refermait derrière moi dans un claquement sinistre. J’étais prisonnier et je sentais le sol disparaître sous mes pieds tandis que le vide m’aspirait.

C’est toujours à cet instant que je me réveillais, couvert de sueur et tremblant.

Peur ? Bien sûr, j’avais peur. Je rêvais éveiller de rentrer là–dedans mais je sais aussi que même si j’avais mis la main sur les clés, je n’aurais sûrement pas eu la force d’affronter les démons qui hantaient cet endroit.

Les mois ont passé, les années. Ma curiosité restait intacte, de même que tous les arguments qui la réfrénaient.

Pourtant, un jour, en rentrant des cours. J’avais onze ans, trois mois et neuf jours, mon sac à dos plein de devoir de math et un livre de Jane Austen dans les mains –ça faisait à peu près deux ans que je n’arrêtais pas de lire ; à dire vrai, je dévorais bouquin sur bouquin.

Je déposai mes affaires sur la table de la salle à manger et parti prendre un jus d’orange dans la cuisine. J’avais les clés de la maison et comme c’était sur le chemin de l’école, je repassais à peu près tous les jours en attendant que les parents ne rentrent du travail.

Le temps d’avaler ma boisson, je vis mon grand-père penché sur mon exemplaire d’Orgueil et Préjugé.

Il avait son regard fatigué et sa chevelure décoiffée. C’était un signe qui ne mentait pas, il venait de sa pièce. Au début, je croyais que c’était parce qu’il se battait avec des monstres mais à cette époque, je ne croyais plus fort aux monstres. Cependant, il existait encore suffisamment d’idées disponibles pour satisfaire à l’imagination d’un enfant de mon âge.

Quand enfin, il remarqua ma présence, il me fit signe de le suivre.

Je ne posais aucune question jusqu’à ce que nous arrivions au premier étage.

Il s’approcha de la porte interdite. Mon esprit se battait, j’avais peur qu’en disant quelque chose, il ne fasse machine arrière, mais j’avais aussi besoin d’une confirmation.

-Est-ce que…

Il me fit oui de la tête, tourna la clé. Mon cœur battait la chamade. Il ouvrit. Il faisait noir. Toujours parfaitement noir. Il fit un pas en avant. Il était rentré. Une vieille crainte réveillée en un éclair me faisait m’attendre à ce qu’il soit aspiré mais il n’en était rien. Il leva son bras gauche, toucha quelque chose sur le mur et soudain, une douce lueur berça la pièce.

Et je sus enfin ce qu’il cachait depuis tout ce temps. C’était…

09/02/2008

La cage

Une%20cellule%20de%20la%20prison%20de%20Venise

La cage

Seconde Partie

 

Il attrapait la chair de poule rien que d’y penser.

 Affalé comme il l’était, il pouvait facilement atteindre la porte avec ses pieds. De nouveaux coups. Toujours le silence.

Sa prof de bio lui revint en mémoire. Qu’avait-elle dit à propos de la déshydratation ? Le corps a besoin d’au moins un litre et demi d’eau par jours, pas plus de trois jours d’eau de mer… Il s’en voulait maintenant de se temps passer à rire dans le fond de la classe.

Lysa, qui était la première à l’époque lui avait pourtant dit de faire attention. Il aurait peut-être dû l’écouter mais maintenant c’était trop tard.

Lysa, c’était elle qu’il venait retrouver. Il l’avait rencontré par hasard au coin d’une rue, un rayon de soleil dans ce voyage qui l’ennuyait à mourir. Il avait discuté quelques instants.

Les cours de biologie lui avaient réussi. Elle était devenue chirurgienne. Elle était à Rome pour un colloque d’une quinzaine de jours. A peu près le temps qu’il devrait rester.

Echange de numéros de téléphone et leurs activités respectives les rattrapaient déjà.

Le soir, il avait décroché le téléphone. Rendez-vous était pris dans cet immeuble.

Cet immeuble où il était entré un peu plus tôt avant de se retrouver enfermé.

Il ne serait pas là. Qu’allait-elle penser ? Bizarrement, il se rendait compte que ça avait de l’importance pour lui. Ça n’aurait pas été le cas dix ans plus tôt quand ils étaient ados. Il aurait même pris un malin plaisir à la contrarier.

Ils avaient changé.

Un bruit sourd. William suffoqua. Il y avait de moins en moins d’air dans la pièce. Il avait chaud. Ses tempes étaient en nage. Les murs se resserraient sur lui, prêts à le broyer.

Il jeta un nouveau regard au téléphone portable. Que se passerait-il s’il réessayait ?

Cette machine infernale deviendrait-elle alors complètement folle ? Le relâcherait-elle s’il restait calme ?

Il ouvrit son répertoire. Cette fois, c’est Lysa qu’il tenta de joindre.

Alarme. Le même bruit perçant répercuté en échos. Au même moment, la lumière s’éteignit.

Son cœur s’agita. Il n’aurait pas dû. Cette fois, il ne s’en sortirait pas.

Il conserva malgré tout le téléphone en main. Il était devenu le seul point lumineux dans cet enfer plongé dans les ténèbres.

L’enfer ? Y était-il arrivé, plus tôt que prévu ? Etait-ce cela sa peine, était-ce de rester seul dans un espace contigu et sombre, parfaitement isolé.

Ca ne se pouvait. Enfin, si c’était possible mais il ne voulait pas que ça se passe comme ça.

Il ne faisait pas vraiment ce qu’il voulait dans sa vie. Il s’ennuyait dans son travail qu’il remplissait pourtant à la perfection. Il avait des amis. Pas beaucoup, pas autant qu’il ne l’aurait cru. Il vivait seul, régnant sans partager sur son appartement à Paris.

Il n’avait laissé personne envahir sa vie. Il ne le ferait pas. C’était fini.

L’image de Lysa passa devant ses yeux. Son sourire, son regard. Il avait été captivé hier après-midi.

Un mur d’amertume le percuta. Ça faisait mal. Comme si la douleur matérielle d’être enfermé ne suffisait pas, il fallait en plus qu’il affronte sa vie.

Il ne saurait pas ce que la jeune chirurgienne pensait quand elle lui avait dit qu’elle avait espéré le revoir depuis des années ni pourquoi elle « avait attendu son appel toute la journée ».

Il y eut un nouveau bruit. Des moteurs se remettaient en marche. La broyeuse.

Une sueur froide. Il allait finir en carpette.

La lumière se rétablit lentement. Les néons clignotèrent avant d’irradier leur clarté blanche.

Puis, tout d’un coup, il bougea. Pas lui, la cabine entière semblait se déplacer.

Où allait-il ? Il n’était pas sûr de vouloir le savoir et c’est à nouveau aux titres des journaux qu’il pensa.

Un bip mélodieux. Comment pouvait-il donner pareil adjectif en cet instant. La porte s’ouvrit.

Etait-ce bon signe ? L’avait-on retrouvé ? Qui l’attendait là derrière ?

La lumière du jour lui sauta aux yeux. Il était sur la terrasse de l’immeuble. Le point de rendez-vous.

Il n’eut pas plus le temps d’analyser la situation qu’un corps se jeta sur lui et le serra à le broyer. Le parfum. Les cheveux. C’était Lysa. Il se jura d’essayer de changer plusieurs choses dans sa vie.

-J’étais si inquiète. Les techniciens ont mis un temps fou à réparer alors que je savais que tu n’aimais pas être enfermé. Pour redescendre, on prendra les escaliers, murmura-t-elle à son oreille.

La cage

sincity_hartigan_en_prison

La cage

Première Partie

 

-Ohé ! Est-ce qu’il y a quelqu’un ?

William marqua une pause. Pas de réponse. Ca n’avait pourtant aucun sens. Une seconde plus tôt il était encore au milieu de la foule, entouré d’hommes et de femmes qui marchaient à ses coté.

-Vous m’entendez ? cria-t-il.

Ce n’était pas dans ses habitudes de s’énerver. Non. Il était d’ordinaire assez calme. Posé. Oui, c’est le mot. Mais cette atmosphère était étouffante, suffocante même. Ces murs de fers qui ne lui laissaient qu’un petit espace d’une mètre vingt de coté, ces lumières aveuglantes. Tout lui donnait le tournis. Il sentait son estomac se nouer. Il avait envie de vomir.

Il frappa sur ce qui semblait être la porte. Les coups résonnaient dans la cage.  Ses poings commençaient à lui faire mal. Il regarda autour de lui. Son attaché-case était toujours là.

-Bon Dieu, murmura-t-il.

On se demanderait pourquoi le garçon ne parlait qu’à voix basse mais sa tête le faisait atrocement souffrir et puis, sa mère avait l’habitude de le réprimander quand il jurait.

En deux secondes, la mallette était ouverte et il en déballait le contenu sur le sol, parquet de mauvaise qualité qui s’effritait par endroit.

Ses dossiers tombaient dans tous les sens en une masse informe. Une pomme, des biscuits et des chocolats qu’il avait subtilisés à l’hôtel les rejoignirent bientôt mais l’objet que William cherchait restait fermement coincé dans sa pochette.

Il n’avait jamais été très doué dans l’art du rangement à dire vrai. Son sac, son bureau, son appartement, sa chambre d’hôtel puisqu’il était en voyage d’affaire à Rome, tout n’avait toujours été qu’un immense fatras, un empilement d’objets posés au hasard des jours.

Néanmoins, il savait pertinemment bien qu’il devait se trouver là. Passant la langue, il se décida à plonger la main dans le cartable.

« Mouchoir,… chewing-gum, …, énumérait-il dans sa tête, encore un mouchoir, des caramels… »

Il prit note de récupérer les caramels plus tard cependant qu’il sortait enfin son graal.

Son téléphone portable, sale et poussiéreux après ce mauvais séjour brillait enfin dans sa main. D’un geste précipité, il ouvrit le répertoire. En temps normal, il aurait pensé au service de secours mais ses talents en Français, rivalisait avec ses pitreries en Anglais et en Italien.

Aussi, recherchait-il le numéro de Max. Il était venu ensemble faire ce voyage. Ca devait leur servir pour écrire leur article.

Ils avaient en effet tous les deux terminé leurs études il y a deux ans de cela. Au départ, il rêvait devenir écrivain mais un emploi stable était plus conseillé.

Arrivé au nom en question, il appuyant sur le petit téléphone vert. Un bip retentit dans toute la cabine. Ca résonnait comme un avertissement, un cri de refus, de rejet.

-Pas de réseau…

Sitôt, il se remit à frapper avec frénésie sur les parois, des pieds, des mains,… L’essentiel était qu’on l’entende enfin. Rien n’y fit. Personne ne venait lui ouvrir, aucun son ne transparaissait en dehors du lent ronronnement de la ventilation.

Il jura à plusieurs reprises avant de se rabattre sur le mur du fond. Il ne savait pas vraiment ou était le fond, le Nord ou le Sud. C’était le coté qui faisait face à la porte et c’est tout ce qui lui importait.

Il réfléchissait à sa situation, se demandant quand on allait venir le chercher, quand quelqu’un allait finalement remarquer son absence. Il avait de l’air mais pas plus à manger que deux ou trois caramels. Serait-ce suffisant ?

Lui qui était journaliste, il n’avait pas beaucoup de mal à s’imaginer les pires situations. Il voyait même déjà les gros titres s’afficher : « Un jeune confrère retrouvé mort à Rome », « La presse en deuil », « L’article de sa vie ».

28/12/2007

La mécanique du coeur

mecanique_coeur

Morceaux Choisis

Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujour à l'horloge de ton coeur la grande aiguille des heures transpercera ta peau et la mécanique du coeur sera brisée à nouveau.

Ce prestidigitateur que certains disent de génie vient me donner un cours de sorcellerie amoureuse pour m'avouer en fin de parcours que sa dernière potion lui a explosé à la gueule. Mais je dois avouer qu'il me fait du bien, autant en manipulant mes engrenages qu'en discutant. C'est un homme doux, qui sait écouter. On sent qu'il s'y connaît en êtres humains. Peut-être a-t-il réussi à percer le secret des rouages psychologiques de l'homme. En quelques heures nous sommes devenus très complices.

Je viens d'embrasser la fille à langue d'oiseau et rien ne sera plus jamais comme avant. Mon horlogerie palpite tel un volcan impétueux. Pourtant ça ne fait mal nulle part. Enfin si, quand même,j'ai un point de côté. Mais je me dis qu'après une telle ivresse de joie, ce n'est qu'un maigre prix à payer. Cette nuit, je vais grimper à la lune, m'installer dans le croissant comme dans un hamac et je n'aurai absolument pas besoin de dormir pour rêver.

Mathias Malzieu, La Mécanique du Coeur, éd Flammarion 2007

23/12/2007

A la Croisée des Mondes

untitled

Premier regard sur Lord Asriel.

Il changea de diapositive encore une fois. La photo suivante avait été prise de nuit elle aussi, mais sans clair de lune cette fois.

On voyait un petit groupe de tentes au premier plan, se détachant faiblement sur l'horizon bas, et à côté, un empilement désordonné de caisses en bois, avec un traîneau. Mais le principal intérêt de cette photo résidait dans le ciel. Des rayons et des voiles de lumière pendaient tels des rideaux, en boucles et en guirlandes, retenus par des crochets invisibles, à des centaines de kilomètres d'altitude, ou bien flottant en biais, portés par le courant de quelque vent inconcevable. (...)

- Pardonnez mon ignorance, dit le vieux Préchantre, de sa voix tremblante, mais si j'ai su un jour ce qu'était l'Aurore, je l'ai oublié. S'agit-il de ce qu'on appelle les Lumières du Nord ?

- Oui. Elle possède plusieurs noms. Elle est composée d'orages de particules chargées et de rayons solaires d'une intensité et d'une force extraordinaires, invisibles en eux-mêmes, mais qui provoquent cette radiation lumineuse lorsqu'ils entrent en contact avec l'atmosphère. Si j'avais eu le temps, j'aurais fait teinter cette photo pour vous montrer les couleurs, du vert pâle et du rose essentiellement, avec une touche pourpre tout en bas de cette formation semblable à des rideaux. Il s'agit là d'un cliché réalisé avec une émulsion ordinaire. Je vais maintenant vous montrer une photo prise avec l'émulsion spéciale.

Il retira la diapositive. (...)

Pendant ce temps, Lord Asriel glissait une autre photo dans le chariot de la lanterne. Elle montrait la même scène. Mais, comme avec les deux photos précédentes, la plupart des détails visibles à la lumière ordinaire étaient ici beaucoup plus sombres, à l'instar des rideaux rayonnant dans le ciel.

Toutefois, très haut au-dessus de ce paysage morne, Lyra apercevait une forme compacte. Elle constata que, comme elle, les Érudits assis près de l'écran se penchaient en avant pour mieux voir. Plus elle regardait cette photo, plus son étonnement croissait, car là, dans le ciel, on distinguait bel et bien les contours caractéristiques d'une ville : des tours, des dômes, des murs... des bâtiments et des rues suspendus dans le vide ! Elle faillit pousser un petit cri d'émerveillement.

L'Érudit Cassington dit :

- Ca ressemble à... une ville.

- Exactement, répondit Lord Asriel.

- Une ville d'un autre monde, assurément ? dit le Doyen, une note de mépris dans la voix.

Lord Asriel l'ignora. Un mouvement d'excitation parcourut certains Érudits, comme si, ayant rédigé des traités sur l'existence de la Licorne, sans jamais en voir une, on leur présentait un spécimen vivant qui venait d'être capturé.

A la Croisée des Mondes, Les Royaumes du Nord, Philip Pullman

 

22/12/2007

A la Croisée des mondes

1184255592_a_la_croisee_des_mondes__na_

Début du livre

Par bien des côtés, Lyra était une barbare. Ce qu'elle aimait par-dessus tout, c'était escalader les toits du collège avec Roger, le marmiton, son meilleur ami, et cracher des noyaux de prune sur la tête des Érudits qui passaient en dessous, ou imiter les ululements de la chouette derrière une fenêtre, pendant que se déroulait un cours ; ou encore courir à toute allure dans les rues étroites de la ville, voler des pommes sur le marché, ou livrer bataille. De même que Lyra ignorait tout des courants souterrains qui régissaient la politique de Jordan College, les Érudits, pour leur part, auraient été incapables de percevoir le foisonnement d'alliances, de rivalités, de querelles et de traités qui constituaient une vie d'enfant à Oxford. Des enfants qui jouent, quoi de plus agréable à regarder ! Qu'y avait-il de plus innocent, de plus charmant ?

En vérité, Lyra et ses camarades se livraient une guerre dans pitié. (...) Cette rivalité, vieille de plusieurs centaines d'années, était aussi profonde que jubilatoire.

Pourtant, elle-même disparaissait quand les autres ennemis se faisaient menaçants. Parmi eux figurait un adversaire permanent ; il s'agissait des enfants des briquetiers qui vivaient près des carrières d'argile, méprisés par les enfants des collèges aussi bien  que par ceux de la ville. L'année précédente, Lyra et certains enfants de la ville avaient conclu une trêve pour lancer une attaque sur les briquetiers, bombardant les enfants des carrières avec des boules de terre glaise et détruisant le château tout mou qu'ils avaient construit, avant de les rouler pendant un bon moment dans cette substance visqueuse près de laquelle ils vivaient, si bien qu'à la fin du combat, vainqueurs et vaincus ressemblaient à un troupeau de golems vociférants.

A la Croisée des Mondes, Les royaumes du Nord, Philip Pullman

19/12/2007

Alice au pays des merveilles

Capt_son

« La rencontre avec les fous » 

« Vous devriez apprendre à ne pas faire des remarques personnelles, répliqua d’un ton sévère, Alice ; cela est très grossier. »

En entendant ces paroles, le chapelier ouvrit de grands yeux ; mais il se contenta de demander : « Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ? »

« Fort bien, nous allons à présent nous amuser ! pensa Alice. Je suis contente que l’on ait commencé à poser des devinettes. »

« Je crois que je pourrai deviner cela », ajouta-t-elle à voix haute.

« Voulez-vous dire demanda le lièvre de Mars, que vous pensez pouvoir trouver la réponse à la question ? »

« Précisément », répondit Alice.

« En ce cas, poursuivit le lièvre de Mars, vous devriez dire ce que vous pensez. »

« Je dis ce que je pense, s’empressa de répondre Alice ; ou du moins je pense ce que je dis… et c’est la même chose n’est-il pas vrai ? »

« Pas du tout la même chose ! protesta le chapelier. Tant que vous y êtes, vous pourriez aussi bien dire que ‘‘je vois ce que je mange’’, c’est la même chose que ‘‘je mange ce que je vois’’! »

Lewis Carroll

18/12/2007

Alice au pays des merveilles

alice

 

Alice s’est appuyée au tronc d’un arbre et commence son périple au pays des merveilles.Sa sœur est affairée à ses côté tandis qu’elle commence à suivre un lapin qui la conduit à son terrier… 

Brûlant de curiosité, elle s’élança à travers champs à la poursuite de l’animal et elle eut la chance de l’apercevoir s’engouffrer dans un large terrier qui s’ouvrait sous la haie.

Un instant plus tard elle s’y enfonçait à son tour, sans du tout s’inquiéter de savoir comment elle pourrait en ressortir.

Le terrier était d’abord creusé horizontalement comme un tunnel puis il présentait une pente si brusque et si raide qu’Alice n’eut même pas le temps de songer à s’arrêter avant de se sentir tomber dans ce qui semblait être un puits très profond.

Il faut croire que le puits était très profond, ou alors que la chute d’Alice était très lente, car, en tombant, elle avait tout le temps de regarder autour d’elle et de se demander ce qu’il allait se produire. D’abord, elle essaya de regarder en bas pour se rendre compte de l’aspect des lieux où elle allait arriver, mais il faisait trop sombre pour rien y voir ; ensuite, observant les parois du puits, elle s’aperçut qu’elles étaient recouvertes de placards et d’étagères ; de place en place étaient accrochées des cartes géographiques et des gravures.

Lewis Carroll

04/12/2007

Vol de nuit.

orage

L'homme seul

Il lui parut que la matière aussi se révoltait. Le moteur, à chaque plongée, vibrait si fort que toute la masse de l’avion était prise d’un tremblement comme de colère. Fabien usait ses forces à dominer l’avion, la tête enfoncée dans la carlingue, face à l’horizon gyroscopique car, au dehors, il ne distinguait plus la masse du ciel de celle de la terre, perdu dans une ombre où tout se mêlait, une ombre d’origine des mondes. Mais les aiguilles des indicateurs de position oscillaient de plus en plus vite, devenaient de plus en plus difficile à suivre. Déjà le pilote qu’elles trompaient se débattait mal, perdait son altitude, s’enlisait peu à peu dans cette ombre.

Antoine de Saint Exupery, Vol de nuit.

18:31 Écrit par ecrivain89 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint exupery, vol de nuit, art, roman, texte |  Facebook |

03/12/2007

Vol de nuit

avion

A l'approche de l'orage....

Un remous fit plonger l’avion, qui trembla fort. Fabien se sentit menacé par d’invisibles éboulements. Il rêva qu’il faisait demi-tour et retrouvait cent mille étoiles, mais il ne vira pas d’un degré.

Fabien calculait ses chances : il s’agissait d’un orage local, probablement, puisque Trelew, la prochaine escale, signalait un ciel trois quarts couvert. Il s’agissait de vivre vingt minutes à peine dans ce béton noir. Et pourtant le pilote s’inquiétait. Penché à gauche contre la masse du vent, il essayait d’interpréter les lueurs confuses qui par les nuits les plus épaisses, circulent encore. Mais ce n’étaient même plus des lueurs. A peine des changements de densité dans l’épaisseur des ombres, ou une fatigue des yeux.

Il déplia un papier du radio :

« Où sommes nous ? »

Fabien eût donné cher pour le savoir.

Antoine de Saint Exupery, Vol de nuit.

18:00 Écrit par ecrivain89 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vol de nuit, texte, roman, art, saint exupery |  Facebook |

12/09/2006

Pascal, L'Homme est un roseau pensant...

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant.

Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quant l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers à sur lui, l’univers n’en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée.

C’est de là qu’il nous faut relever et non de l’espace et de la durée que nous ne saurions remplir.

Travaillons donc à bien penser, voilà le principe de la morale.

 

Pascal, Pensées

19:50 Écrit par ecrivain89 dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philo |  Facebook |

03/01/2006

Errance dans un Londres abandonné et en ruine. La Guerre des Mondes

Bientôt, la .poussière noire tapissa de nouveau les rues, recouvrant les cadavres épars. J’en vis une douzaine en tout, au long de la grand rue de Fulham.  Ils devaient être là depuis plusieurs jours, de sorte que je ne m’attardai pas auprès d’eux. La poussière noire qui les enveloppait adoucissait leurs contours, mais quelques uns avaient été dérangés par les chiens. (…)

Plus j’avançais vers l’intérieur de Londres, plus profond devenait le silence. Ce n’était pas tellement le silence de la mort que l’attente de choses prochaines et tenues en suspens. A tout instant, les destructeurs qui avaient déjà dévasté les banlieues nord-ouest de la métropole et anéanti Ealing et Kilburn pouvaient fondre sur ces maisons et les transformer en un monceau de ruines fumantes. C’était une cité condamnée et déserte…



16:50 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Premier contact avec les martiens, La Guerre des mondes.

Je crois que tout le monde s’attendait à voir surgir un homme, possiblement quelque être un peu différent des hommes terrestres, mais en ses parties essentielles, un hommes. Je sais que c’était mon cas. Mais regardant attentivement, je vis bientôt quelque chose remuer dans l’ombre. (.. .)

Un frisson soudain me passa par tout le corps. Une femme derrière moi poussa un cri aigu. Je me retournai à moitié, sans quitter des yeux le cylindre hors duquel d’autres tentacules surgissaient maintenant et je commençai à coups de coudes à me frayer un chemin en arrière du bord. Je vis l’étonnement faire place à l’horreur sur les visages des gens qui m’entouraient



16:35 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/11/2005

Le Réveil (Kafka, La Métamorphose)

Irruption d’un cauchemar dans la vie diurne.

En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu’une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu’à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu’il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux.

« Qu’est-ce qui m’est arrivé ? »,pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine, juste un peu trop petite, était là tranquille entre les quatre murs qu’il connaissait bien.

 

Kafka, la Métamorphose.

12:19 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Deuxième blessure (Kafka, La Métamorphose)

Transformation du père et deuxième blessure qu’il inflige à son fils.

Mais tout de même, tout de même, était-ce encore là son père ? Etait-ce le même homme qui, naguère encore fatigué et enfoui dans son lit quand Gregor partait pour une tournée (…) ; à présent il se tenait tout ce qu’il y a de plus droit ; revêtu d’un uniforme strict, bleu à boutons dorés, comme en portent les employés des banques, il déployait son puissant double menton sur le col haut et raide de sa vareuse (…). Puisant dans la coupe de fruits sur la desserte, il s’était rempli les poches de pommes et maintenant, sans viser précisément pour l’instant, les lançait l’une après l’autre. Les petites pommes rouges roulaient par terre en tous sens, comme électrisées, et s’entrechoquaient. L’unes d’elles, lancée mollement effleura le dos de Gregor et glissa sans provoquer de dommage. Mais elle fut aussitôt suivie d’une autre qui, au contraire, s’enfonça littéralement dans le dos de Gregor.

 

Kafka, la Métamorphose.

12:19 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La renaissance après la mort, (Kafka, la Métamorphose)

Renaissance de la famille après la mort de Gregor. (fin de l’histoire)

Puis tous trois quittèrent de concert l’appartement, ce qui ne leur  était plus arrivé depuis déjà des mois, et prirent le tramway pour aller prendre l’air à l’extérieur de la ville. Le wagon, où ils étaient seuls, était tout inondé par le chaud soleil. Confortablement carrés sur leurs banquettes, ils évoquèrent les perspectives d’avenir et, à y regarder de plus près, il apparut qu’elles n’étaient pas tellement mauvaises, car les places qu’ils occupaient respectivement, et sur lesquelles ils ne s’étaient jamais en fait mutuellement demandé beaucoup de détails étaient d’excellentes places et, en particulier, fort prometteuse. (…) et ce fut pour eux comme la confirmation de ces rêves nouveaux et des ces bonnes intentions, lorsqu’en arrivant à destination ils virent leur fille se lever la première et étirer son jeune corps.

 

Kafka, La Métamorphose.


12:17 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/11/2005

Les Fourmis de Bernard Werber

Prédateur : Que serait notre civilisation humaine si elle ne s’était pas débarrassée de ses prédateurs majeurs, tels les loups, les lions, les ours, les lycaons ?

Sûrement une civilisation inquiète, en perpétuelle remise en cause. Les Romains, pour se donner des frayeurs au milieu de leurs libations, faisaient apporter un cadavre. Tous se rappelaient ainsi que rien n’est gagné  et que la mort peut survenir à n’importe quel instant.

Mais de nos jours l’homme a écrasé, éliminé, mis au musée toutes les espèces capables de le manger. Si bien qu’il ne reste plus que les microbes, et peut être les fourmis pour l’inquiéter.

La civilisation myrmécéenne, en revanche, s’est développée sans parvenir à éliminer ses prédateurs majeurs. Résultat : cet insecte vit une perpétuelle remise en cause. Il sait qu’il n’a fait que la moitié du chemin, puisque même l’animal le plus stupide peut détruire d’un coup de patte le fruit de millénaire d’expérience.


17:03 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

11/11/2005

Les Regrets.... de Joachim DU BELLAY

Les Regrets

 

Heureux qui, comme Ulysse a fait un beau voyage,

Ou comme celui-là qui conduisit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et de raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je hélas ! de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage.

 

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux

Que des palais romains le front audacieux ;

Plus que marbre dur me plait l’ardoise fine ;

 

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin, la douceur angevine.

 

Joachim DU BELLAY (1525-1560)


17:56 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/10/2005

Un pari pour un dîner.

 

« Eh bien, monsieur de Busigny, je parie avec vous, dit Athos, que mes trois compagnons, MM. Porthos, Aramis, D’Artagnan et moi, nous allons déjeuner dans le bastion Saint-Gervais et que nous y tenons une heure montre à la main, quelque chose que l’ennemi fasse pour nous déloger. »

Porthos et Aramis se regardèrent, ils commençaient à comprendre.

« Mais, dit d’Artagnan en se penchant à l’oreille d’Athos, tu vas nous faire tuer sans miséricorde.

-Nous sommes bien plus tués, répondit Athos, si nous n’y allons pas.

-Ah’ ma foi ! messieurs, dit Porthos, en se renversant sur sa chaise et frisant sa moustache, voici un beau pari, j’espère.

-Aussi je l’accepte, dit M de Busigny ; maintenant, il s’agit de fixer l’enjeu.

-Mais vous êtes quatre, messieurs, dit Athos, nous sommes quatre aussi ; un diner à discretion pour huit, cela vous va-t-il ?

-A merveille, reprit Busigny.

-Parfaitement, dit le dragon.

-Ca me fa » dit le Suisse.

Le quatrième auditeur, qui dans toute cette conversation, avait joué un rôle muet fit un signe de tête en signe qu’il acquiesçait à la proposition.

« Le déjeuner de ces messieurs est prêt, dit l’hôte.

-Et bien, apportez-le », dit Athos.

L’hôte obéit. Athos appela Grimaud, lui montra un grand panier qui gisait dans un coin et fit le geste d’envelopper dans les serviettes les viandes apportées.

Grimaud comprit à l’instant même qu’il s’agissait d’un déjeuner sur l’herbe, prit le panier, empaqueta les viandes, y joignit les bouteilles et prit le panier à son bras.

« Mais où allez-vous manger mon déjeuner ? dit l’hôte.

-Que vous importe, dit Athos, pourvu qu’on vous le paie ? »
 
Alexandre Dumas, les Trois Mousquetaires

20:16 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/10/2005

Diderot, Jacques le Fatliste et son maître

Dès les premiers mots,....

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ?

 Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disaient rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.

Le MAITRE. – C’est un grand mot que cela.

Jacques. -  Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d’un fusil avait son billet.

Le maître. – Et il avait raison….

20:35 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/09/2005

Fatalité de la mort d'Antigone.

Créon : - C’est elle qui voulait mourir. Aucun de nous n’était assez  fort pour la décider à vivre. Je le comprends maintenant. Antigone était faites pour être morte. Elle-même ne le savait peut-être pas, mais Polynice n’était qu’un prétexte. (…) Ce qui, importait pour elle, c’était de refuser et de mourir.

 

Jean Anouilh, Antigone  


14:02 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le prologue

Voilà. Ces personnages vont vous jouer Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est bien jeune et qu’elle aussi elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone, et il va falloir qu’elle joue le rôle jusqu’au bout… Et, depuis que ce rideau est levé, elle sent qu’elle s’éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n’avons pas à mourir ce soir.

….

Jean Anouilh, Antigone  

14:00 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/09/2005

Un combat perdu...

Alors, il décrocha la barre du gouvernail, la prit a deux mains et se remit à cogner dans tous les sens. Mais les requins se pressaient contre la poupe. Tantôt l’un derrière l’autre, tantôt ensemble, ils s’élançaient, arrachant des morceaux de chair que l’on voyait briller à l’eau quand ils se retournaient pour revenir à la charge.

Un dernier survint, qui s’attaqua à la tête. Le vieux compris que tout était fini. Il brandit la barre et l’abattit sur la mâchoire même du requin qui était comme coincée dans les cartilages de la tête du poisson. Il deux fois, trois fois, dix fois. La barre se rompit. Il continua à cogner avec le morceau cassé. Il le sentit entrer dans la bête ; déduisant de cela qu’il était très pointu, il frappa encore. Le requin lâcha prise et le tordit, c’était le dernier de la meute, il ne restait plus rien à manger pour personne.

 

Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer

 


22:40 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

L'espadon a mordu à l'hameçon.

   « Si le gosse était là, il pourrait me frictionner la main, il me plierait le poignet, pensait-il. Bah ! ça finira bien par se remettre en place. »

Tout à coup, avant même de voir l’inclinaison de la corde se modifier, il sentit quelque chose de nouveau dans la tension de la ligne. Pesant de toutes ses forces sur le fil, le vieux se donnaient de la main gauche de grands coups contre la cuisse. La ligne lentement arrivait.

-Le voilà qui monte, dit-il. Allez main, allez, crénom !

Lentement, régulièrement, la ligne montait ; soudain l’océan se souleva en avant de la barque et le poisson apparut. Il n’en finissait pas de sortir ; l’eau ruisselait le long de ses flancs, il étincelait dans la lumière ; sa tête et son dos était violet foncé ; le soleil éclairait en plein ses larges rayures lilas. Il avait un nez très long, aussi long qu’une batte de base-ball, et pointu comme une épée. Le poisson émergea tout entier, puis, avec l’aisance d’un bon nageur, replongea.

 

Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer


22:31 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Celui qui aime la mer la considère au féminin.

   Il appelait l’océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en Espagnol quand ils l’aiment. On le couvre aussi d’injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s’il s’agissait d’une femme. Quelques pêcheurs parmi les plus jeunes, ceux qui emploient des bouées en guise de flotteurs et qui ont des bateaux à moteur, achetés à l ‘époque où les foies de requin se vendaient très cher, parlent de l’océan en disant el mar, qui est masculin. Ils en font un adversaire, un lieu, même un ennemi. Mais pour le vieux, l’océan c’était toujours la mar, quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs ; et si la mar se conduit comme une folle, c’est parce qu’elle ne peut faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme.  

 

Ernest Hemingway, Le Vieil homme et la mer.


22:20 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Ernest Hemingway

Né à Oak Park, un faubourg de Chicago, le 21 juillet 1899, Hemingway est le fils d’un médecin du Middle West qui lui apprend à pêcher et à chasser. Sa mère, dévote et puritaine, lui enseigne le solfège et l’Evangile. Le jeune Ernest donne vite la préférence au père, avec qui il cherche très tôt une certaine complicité qu’il décrira plus tard dans l’une de ses premières nouvelles intitulées Père et Fils. Il est encore jeune quand son père se suicide. Cet acte le marquera et annonce sa propre mort.

De cette époque date son engouement pour la vie au grand air et pour les exercices violents – boxe, courses de chevaux, pêche au thon, corridas ou safaris. Le sport n’a jamais été pour lui un simple spectacle. Lors de son premier voyage à Paris, il s’entraîne au ring de la rue de Pontoise avant d’affronter la page blanche et de mener cet autre combat sans merci qu’est pour lui l’écriture.

22:04 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/09/2005

Dr Jekyll et Mr Hyde, Stevenson

Premier méfait de Mr Hyde

-L’homme se mit avec indifférence à piétiner le corps de l’enfant qu’il laissa ensuite, étendue sur le sol et poussant des cris. Cela n’a l’air de rien quand je le raconte, mais c’était une scène infernale à voir. Il n’avait plus l’air d’un homme, il ressemblait à l’un de ces monstrueux chars hindous. Je poussai des cris d’appel, me mis à courir, saisis l’individu au collet et le ramenai à l’endroit où déjà un petit rassemblement entourait la fillette hurlante. Il resta parfaitement calme et ne fit aucune résistance ; mais il me lança un regard si chargé de haine que je me sentis inondé de sueur.
 
Dr Jekyll et Mr Hyde, Stevenson

15:54 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2005

Le Seigneur des Anneaux, extrait

La fidélité de Sam Gamgie leBrâve

Tu veux toujours venir avec moi ?

-Oui

-Cela va être dangereux, Sam. Ce l’est déjà. Il est très probable qu’aucun de nous n’en reviendra.

-Si vous ne revenez pas, monsieur, moi non plus ça c’est certain, dit Sam. « -Ne le quittez pas !qu’ils m’ont dit ; -Le quitter ! que j’ai dit. J’e n’en ai point la moindre intention. Je vais avec lui même s’il grimpe à la lune ; et si jamais un de ces Cavaliers Noirs cherche à l’arrêter, ils auront à compter avec Sam Gamgie, que j’ai dit. Ils ont ri »

-Qui cela, ils, et de quoi parleS tu ?

-Les elfes, monsieur. On a bavardé hier soir, et ils paraissaient savoir que vous partiez, alors je n’ai pas vu la nécessité de le nier. Des gens merveilleux, les Elfes, monsieur ! Merveilleux !

-C’est bien vrai, dit Frodon. Tu les aimes toujours maintenant que tu les as vu de plus près ?
 
Ronald Reuel Tolkien, le seigneur des anneaux

17:10 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/08/2005

William Shakespeare...

William Shakespeare, un pseudonyme ?

Lorsqu’un homme fait preuve d’un génie qui dépasse de beaucoup les limites du commun des mortels, il se trouve toujours quelqu’un pour mettre en doute son existence ou pour trouver une explication rationnelle à un phénomène insaisissable. Cela rassure. Mozart a-t-il vraiment pu composer l’ensemble de son œuvre ? Shakespeare a-t-il réellement existé ? Trois raisons essentielles ont poussé certains historiens à se poser la question : l’ampleur de l’œuvre théâtrale de Shakespeare (les trente cinq drames qui constituent le canon),  la période relativement courte (vingt ans) pendant laquelle cette œuvre a été écrite, le manque de témoignage sur la vie de l’auteur. Il existe, c’est vrai, des périodes d’ombre, comme en témoignent par exemple les nombreux portraits de Shakespeare qui n’e sont pas ( le seul reconnu comme authentique, avec le buste de son monument funéraire est celui de Martin Droeshout, gravé pour le frontispice de l’édition de 1623). On s’est donc demandé si le nom de Shakespeare n’était pas le pseudonyme d’une personnalité plus illustre à l’époque, comme Bacon ou Marlowe, ou même d’une équipe d’écrivains. Toutes ces hypothèse n’ont jamais pu être confirmées et, aujourd’hui, surtout par manque de preuves, on ne mets plus en doute la paternité de cette œuvre gigantesque. William Shakespeare est donc bien l’un des plus grands créateur de tous les temps.

14:40 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/08/2005

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789

Extraits

 

Article premier.

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondée que sur l’utilité commune.

 

Art. II

Le but de toute association politique est la conservations des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

 

Art. III

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ; nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

 

Art. IV

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celle qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces même droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

 

Art. V

La loi est l’expression de la volonté générale ; tous les citoyen ont le droit de concourir, personnellement ou par leur représentants à sa formation ; elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyen, étant égaux à se yeux, sont également admissibles à toute dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités et sans autres distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

 

Art. VII

Nul hommes ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et, selon les normes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l’instant ; il se rend coupable par la résistance.

 

Art. IX

Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

 

Art. X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

 

Art. XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits le plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

 

A cette époque, il serait bon selon moi que beaucoup se rappellent pourquoi ce pourquoi des hommes se sont battus, il y a bien des années à présent.


20:05 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |