09/08/2005

La ballade des pendus

Frère humains qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous avez,
Dieu en saura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez ci attachez cinq, six:
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça dévorée et pourrie,
Et nous, les os devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
Si frère vous clamons, pas nen devez
Avoir dédain, quoi que fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassis;
Excusez nous, puisque nous sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
La pluie nous a débué et lavé,
Et le soleil desseché et noircis:
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus bequetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de nostre confrairie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
Prince Jésus, qui sur tous a maitrise,
Garde qu'en Enfer n'ait de nous seigneurie:
A lui n'ayons que faire ni que que soudre.
Hommes ici n'a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
François Villon, L'Epitaphe Villon.
 
Condamné à mort en 1463, le poète F. Villon recevra
l'annulation de la sentence par le parlement grace entre autre à ce poème.
Il sera cependant exilé et on perdra toute trace de lui.

21:22 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

???????? Personne ne dit rien a propos de ce texte? bon d'accord c un peu morbide mais c genial

Écrit par : ecrivain89 | 14/08/2005

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