09/08/2005

Le temps

Le temps qui s'en va nuit et jour,

San repos prendre, sans séjour,
Qui nous fuit d'un pas si feutré
Qu'il semble toujours arrêté,
Immobile en un même point,
Et pourtant ne s'arrête point,
Mais ne cesse de se mouvoir,
Au point qu'on ne peut concevoir
Ce que c'est que le temps présent:
Demandez le aux clercs lisant,
Car avant qu'on y eût pensé,
Il serait déjà trois fois passé;
Le temps, qui ne sait séjourner,
Mais va toujours sans se retourner, 
Comme de l'eau qui descent toute
Sans que jamais ne remonte goutte;
Le temps devant qui rien ne dure,
Ni fer, ni autre chose dure,
Car le temps gâte tout et mange;
Le temps qui toute chose change,
Qui fait tout croître et tout nourrit,
Et qui tout use et tout pourrit;
Le temps qui nos père vieillit,
Et rois et empereurs aussi,
Et qui nous tous nous vieillira,
-Ou bien mort le devancera;
Le temps, qui de vieillir les gens
A tout pouvoir si durement
L'avait vieillie, croyez le bien,
Qu'elle n'était plus bonne à rien,
Mais bien retombait en enfance,
Et n'avait pas plus de puissance,
Pas plus de force ni de sens
Que n'en a un enfant d'un an.

Guillaume de Lorris, Le Roman de la Rose



































20:54 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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