24/09/2005

L'espadon a mordu à l'hameçon.

   « Si le gosse était là, il pourrait me frictionner la main, il me plierait le poignet, pensait-il. Bah ! ça finira bien par se remettre en place. »

Tout à coup, avant même de voir l’inclinaison de la corde se modifier, il sentit quelque chose de nouveau dans la tension de la ligne. Pesant de toutes ses forces sur le fil, le vieux se donnaient de la main gauche de grands coups contre la cuisse. La ligne lentement arrivait.

-Le voilà qui monte, dit-il. Allez main, allez, crénom !

Lentement, régulièrement, la ligne montait ; soudain l’océan se souleva en avant de la barque et le poisson apparut. Il n’en finissait pas de sortir ; l’eau ruisselait le long de ses flancs, il étincelait dans la lumière ; sa tête et son dos était violet foncé ; le soleil éclairait en plein ses larges rayures lilas. Il avait un nez très long, aussi long qu’une batte de base-ball, et pointu comme une épée. Le poisson émergea tout entier, puis, avec l’aisance d’un bon nageur, replongea.

 

Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer


22:31 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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