27/09/2005

Le prologue

Voilà. Ces personnages vont vous jouer Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est bien jeune et qu’elle aussi elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone, et il va falloir qu’elle joue le rôle jusqu’au bout… Et, depuis que ce rideau est levé, elle sent qu’elle s’éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n’avons pas à mourir ce soir.

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Jean Anouilh, Antigone  

14:00 Écrit par ecrivain89 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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