09/02/2008

La cage

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La cage

Première Partie

 

-Ohé ! Est-ce qu’il y a quelqu’un ?

William marqua une pause. Pas de réponse. Ca n’avait pourtant aucun sens. Une seconde plus tôt il était encore au milieu de la foule, entouré d’hommes et de femmes qui marchaient à ses coté.

-Vous m’entendez ? cria-t-il.

Ce n’était pas dans ses habitudes de s’énerver. Non. Il était d’ordinaire assez calme. Posé. Oui, c’est le mot. Mais cette atmosphère était étouffante, suffocante même. Ces murs de fers qui ne lui laissaient qu’un petit espace d’une mètre vingt de coté, ces lumières aveuglantes. Tout lui donnait le tournis. Il sentait son estomac se nouer. Il avait envie de vomir.

Il frappa sur ce qui semblait être la porte. Les coups résonnaient dans la cage.  Ses poings commençaient à lui faire mal. Il regarda autour de lui. Son attaché-case était toujours là.

-Bon Dieu, murmura-t-il.

On se demanderait pourquoi le garçon ne parlait qu’à voix basse mais sa tête le faisait atrocement souffrir et puis, sa mère avait l’habitude de le réprimander quand il jurait.

En deux secondes, la mallette était ouverte et il en déballait le contenu sur le sol, parquet de mauvaise qualité qui s’effritait par endroit.

Ses dossiers tombaient dans tous les sens en une masse informe. Une pomme, des biscuits et des chocolats qu’il avait subtilisés à l’hôtel les rejoignirent bientôt mais l’objet que William cherchait restait fermement coincé dans sa pochette.

Il n’avait jamais été très doué dans l’art du rangement à dire vrai. Son sac, son bureau, son appartement, sa chambre d’hôtel puisqu’il était en voyage d’affaire à Rome, tout n’avait toujours été qu’un immense fatras, un empilement d’objets posés au hasard des jours.

Néanmoins, il savait pertinemment bien qu’il devait se trouver là. Passant la langue, il se décida à plonger la main dans le cartable.

« Mouchoir,… chewing-gum, …, énumérait-il dans sa tête, encore un mouchoir, des caramels… »

Il prit note de récupérer les caramels plus tard cependant qu’il sortait enfin son graal.

Son téléphone portable, sale et poussiéreux après ce mauvais séjour brillait enfin dans sa main. D’un geste précipité, il ouvrit le répertoire. En temps normal, il aurait pensé au service de secours mais ses talents en Français, rivalisait avec ses pitreries en Anglais et en Italien.

Aussi, recherchait-il le numéro de Max. Il était venu ensemble faire ce voyage. Ca devait leur servir pour écrire leur article.

Ils avaient en effet tous les deux terminé leurs études il y a deux ans de cela. Au départ, il rêvait devenir écrivain mais un emploi stable était plus conseillé.

Arrivé au nom en question, il appuyant sur le petit téléphone vert. Un bip retentit dans toute la cabine. Ca résonnait comme un avertissement, un cri de refus, de rejet.

-Pas de réseau…

Sitôt, il se remit à frapper avec frénésie sur les parois, des pieds, des mains,… L’essentiel était qu’on l’entende enfin. Rien n’y fit. Personne ne venait lui ouvrir, aucun son ne transparaissait en dehors du lent ronronnement de la ventilation.

Il jura à plusieurs reprises avant de se rabattre sur le mur du fond. Il ne savait pas vraiment ou était le fond, le Nord ou le Sud. C’était le coté qui faisait face à la porte et c’est tout ce qui lui importait.

Il réfléchissait à sa situation, se demandant quand on allait venir le chercher, quand quelqu’un allait finalement remarquer son absence. Il avait de l’air mais pas plus à manger que deux ou trois caramels. Serait-ce suffisant ?

Lui qui était journaliste, il n’avait pas beaucoup de mal à s’imaginer les pires situations. Il voyait même déjà les gros titres s’afficher : « Un jeune confrère retrouvé mort à Rome », « La presse en deuil », « L’article de sa vie ».